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04 janvier 2008

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Solange Miller

Samuel de Champlain serait surpris.

Commission Bouchard-Taylor.

Démographie: Vers un Fiasco au Canada.
Un petit lien sur un sujet d'actualité.

Site internet offrant de bonnes informations:
www.geocities(point)com/crash_demographique.

Louis XIV : Après moi le déluge.

Bienvenue pour une visite web.

René P.

Champlain dirait peut-être:" Ah! mes pauvres amis, tenez-vous loins des anglais car quand il s'agit de négocier, ce sont des hypocrites, des menteurs, des gens mesquins". (Ce sont là des paroles employées par John F. Conway, auteur anglais, dans son livre "Des comptes à rendre",vlb éditeur.)

Réjean Gravel


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Le Québec, une tragédie en dix actes qui finit bien!
par Réjean Gravel
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Dans le cadre du 400ième anniversaire de la fondation de la ville de Québec, Pierre de la Coste, un acteur politique français a eu la brillante idée de créer un lieu de rencontre virtuel pour Français et Québécois. Le but avoué de son blog « Pour quelques arpents de neige » est de partager entre nous, français de la mère patrie, et Canadiens français de l’Amérique du Nord principalement les Québecois, les idées qui nous définissent, pourquoi il en est ainsi et où, nous voulons être demain. C’est dans cet esprit que j’ai décidé il y a plusieurs mois de contribuer, à ma manière, à cet effort.

L’approche que j’ai choisie en ce 400ième est de revisiter l’histoire du Québec et d’essayer de mieux comprendre quels sont les fondements de notre situation politique, sociale et économique. Un défi ambitieux que je ne prétends nullement avoir rencontré de manière complète ou exhaustive.

J’identifie dans ma revue de notre histoire dix évènements tragiques qui ont marqué notre imaginaire, inconscient collectif et destin. Il y en a d’autres, bien d’autres. Ils nous ont marqués et nous influencent encore. Mieux les comprendre c’est sans aucun doute apprendre de ces évènements. Apprendre c’est se placer sur le chemin de l’amélioration.

Je lance ce texte un peu comme on lance une bouteille et un message à la mer, sans trop savoir si quelqu’un saura le lire et y verra quelque chose d’intéressant. À vous de juger.


Retour sur le passé - notre histoire

Pierre de la Coste, dans son premier texte, nous invite à réfléchir à ce que Samuel de Champlain penserait du Québec d’aujourd’hui, s’il était de retour.

Si Champlain est le centre de, j’aimerais que mon ancêtre Joseph Macé Gravel (que j’appellerai familièrement Jos dans ce texte) soit aussi de retour (comme Samuel de Champlain que j’appellerai tout aussi familièrement Sam) et, surtout, qu’ils comparent leurs notes.

Ils ont vécu le début de la colonie et de Québec et ce sont peut-être rencontrés, Jos étant arrivé au Canada en 1634 (selon toute vraisemblance) et Sam étant mort en décembre 1635. La Nouvelle-France ne compte à cette époque pas même 500 personnes, il devait donc se connaître!

Jos (l’ancêtre de tous les Gravel d’Amérique) aurait fait partie, selon les gens que j’ai consultés et mes lectures, du premier groupe « d’habitants » venu s’installer à la Côte de Beaupré près de Québec en 1634. Il suit de quelques années Louis Hébert, que l’histoire du Québec reconnaît comme le premier colon. Jos a signé avec Robert Giffard (un recruteur de talents agissant pour le compte de Champlain) un « contrat notarié pour cession de bonnes terres contre obligation de travail » pour développer la colonie de la Nouvelle-France. Jos était un homme simple, un pionnier jouissant de l’amitié et de la confiance de tous. Il représente le peuple.

Sam, de son côté, explorateur, colonisateur, personne de renom, visionnaire, leader représente un autre aspect de la société. Il est au Québec celui qui est l’autorité, le représentant de la monarchie Française, celui qui a combattu les Anglais et qui a bâti des alliances avec les autochtones. Il représente le pouvoir.

Sam et Jos… le pouvoir et le peuple remontant ensemble le cours de l’histoire du Québec. Avant même de vivre ensemble l’histoire du Québec, Sam aurait certainement expliqué à Jos qu’avant et depuis sa fondation, la ville de Québec a principalement été un comptoir de traite de fourrures. S’il n’eut été du chapeau de feutre de castor que les Parisiens commencèrent à affectionner aux environ de 1585 et qui devint par la suite le nec plus ultra de la mode, Dieu sait ce que l’histoire du Québec serait aujourd’hui. Il lui dira aussi que sans Pierre Dugua de Mons (un protestant français – Huguenot – qui finançait les expéditions de Sam dans le but de faire fortune et de financer son château) et de François Gravé-Dupont (pilote de bateau émérite qui connaît bien les eaux du Canada et qui aime l’aventure – il traversera l’Atlantique plus de 40 fois) Sam n’aurait probablement jamais joué le rôle qui l’a rendu célèbre.

Sam devra par la suite admettre qu’il a perdu la première bataille de Québec et que les Anglais s’en sont emparés et qu’il a été fait prisonnier. C’est par traité en 1632 que le Québec redevient possession et administration française. Entre cette date et l’hypothétique rencontre de Sam et Jos, deux ans, quelques nouveaux colons et les premiers habitants… à peine 200 personnes (il faut noter la différence entre un colon et un habitant… le colon cultive la terre pour un certain temps et retourne en France - l’habitant, lui, est ici pour rester). Sam et quelques autres pensent à la défense de la Nouvelle-France contre les anglais et autre ennemis, à la gouvernance de la colonie et à la faire prospérer. Jos, lui, pense à posséder un lopin de terre, à fonder une famille, à cultiver la terre, à survivre à l’hiver et aux attaques des Iroquois, à vivre selon les préceptes de la religion et, lorsque c’est possible, à avoir du bon temps. Deux modes de pensée (la défense et la survie) qui seront présent tout au long de l’histoire du Québec.

Je donnerai aussi à Sam et à Jos un don particulier : celui de voir d’un seul coup l’ensemble de l’histoire politique du Canada et du Québec et de s’en faire les observateurs et les commentateurs.

L’histoire du Québec simplifiée et en accéléré… car ne pas connaître et comprendre son histoire c’est d’être condamné à en répéter les erreurs et à ne pouvoir avancer, libre de toutes entraves.


La Nouvelle France – Québec (1608 – 1763)

Sam verrait ses successeurs établir un gouvernent royal en Nouvelle France, une plus grande présence militaire, la guerre avec les Iroquois (encouragée par le Britanniques) qui n’en finit plus, l’arrivée des quelques 750 « filles du rois » venues aider au développement de la colonie, les victoires et prises de possessions de territoires anglais par d’Iberville, l’invasion ratée de l’amiral Walker sur Québec (échec causé par des vents violents), et, finalement, le développement soutenu de la Nouvelle France qui laisse présager un avenir brillant.

Jos et ses descendants, durant ces 150 ans, ont continué à trimer dur et à mener une vie religieuse intense. Durant cette période les valeurs du peuple sont la famille, l’entraide, la religion et la survivance. Leurs contacts avec Sam et ses successeurs (le pouvoir) se limitent à ce que les religieux laissent filtrer. Ici comme en France, la religion est un pouvoir basé sur le contrôle de l’information.

La fin de cette période est marquée par deux évènements tragiques qui marqueront à jamais l’inconscient collectif des Québécois.

La furie guerrière qui met en présence la France et l’Espagne contre l’Angleterre et la Prusse aura des conséquences ici. Les colonies anglaises s’unissent pour en finir avec la Nouvelle France. Le premier évènement tragique est la prise de Québec par Wolfe et la capitulation de Montréal. Comme les Québécois connaissent bien cet épisode, je passerai par-dessus la bataille des plaines d’Abraham pour me concentrer sur le deuxième évènement marquant.

Si la prise de Québec et la capitulation de Montréal on marqué l’inconscient collectif des Québécois, c’est le deuxième évènement tragique, la déportation des Acadiens, qui donne la pleine mesure des dessins machiavéliques des Anglais en ce qui concerne les Canadiens français. Après la chute du fort Beauséjour au printemps de 1755, les autorités britanniques d'Halifax mirent officiellement en branle leur projet de déportation de la population francophone d'Acadie. Les autorités interdirent d'abord aux habitants l'usage d'armes et d'embarcations. Mais c'est en septembre 1755 que le véritable cauchemar commença. Le 5 du mois, le lieutenant-colonel John Winslow réunit les hommes de la région dans la petite église de Grand-Pré pour leur lire l'édit de la déportation. Les pauvres paysans apprirent avec horreur que «Son Excellence le gouverneur Lawrence» était dès lors autorisé par Londres de confisquer «vos terres, vos maisons, votre bétail et vos troupeaux de toutes sortes (…) avec tous vos autres effets, excepté votre argent et vos mobiliers, et que vous-mêmes vous devez être transportés hors de cette province.»

Sam serait mortifié… cette Nouvelle-France qui devenait de plus en plus une province Française promise à un bel avenir et dont il est l’un des pères, perdue. S’en est fini de la Nouvelle-France, elle passe aux anglais. Il aurait certainement planifié une reconquête.

Jos aurait très mal réagi parce que même si la nouvelle de la signature du traité de Paris ne faisait pas beaucoup de bruit dans les chaumières de Château- Richer, la nouvelle de la déportation des Acadiens a dû avoir un effet choc. Si les Anglais sont capables de déporter quelque 7,000 Acadiens, ils seront bien capables de déporter les 15,000 habitants du Québec! Pour le moment les descendants de Jos avaient encore leurs terres.

Il faudra attendre quelques 200 ans avec l’arrivée de Jean Lesage (élu premier ministre du Québec en 1960) avant que les choses ne s’améliorent de manière significative pour les Canadiens français.


The Province of Québec (1763 – 1791)

Une France défaite signe le traité de Paris – la nouvelle France passe officiellement à l’Angleterre. L’Angleterre donne une constitution à la Nouvelle France qui devient alors « The Province of Québec ». La proclamation n’aurait pas fait beaucoup de bruit si ce n’était qu’elle prévoyait à plus ou moins long terme l’assimilation totale des Canadiens français.

A cette époque, les colonies américaines se rebellent contre le gouvernement britannique – ils sont supportés par la France représentée par le marquis de La Fayette. Sam n’aimait certainement pas voir les anglais occuper « son » Québec. Il aimerait encore moins voir les Américains tenter d’envahir le Québec pour les rallier à leur guerre d’indépendance face à l’Angleterre. Montréal sera même conquise, la ville de Québec résistera. The Province of Québec évitera de devenir américaine grâce à l’arrivée de renforts Britanniques qui renverseront la vapeur.

Sam et Jos penseraient probablement que c’est une ironie du sort de savoir que sans les renforts Britanniques, le Québec (et peut être même l’ensemble du Canada) serait un état Américain et que la langue française ne serait probablement plus qu’un souvenir. L’objectif des renforts Britanniques n’était certes pas de protéger la langue française mais le fait demeure que, contrairement à la France, ils n’ont pas abandonné leur territoire et que cet effort, aussi mercantile qu’il soit, nous fut salutaire.

Pour éviter que les troubles ne se répandent jusqu’au Canada, les Britanniques décident aussi d’être plus ouverts face aux Canadiens français et révoquent la proclamation. Elle sera remplacée par l’Acte de Québec une sorte de charte des droits des francophones qui reconnaît entre autres les lois civiles françaises et le droit de pratique de la religion catholique.

Sam aurait-il été content? Des anglais Britanniques qui sauvent le Québec d’anglais Américains supportés par des frères Français? Il se poserait sûrement plein de questions existentielles!

Les Américains, supportés par la France dans leur guerre d’indépendance contre l’Angleterre, triomphent et accèdent à l’indépendance. Sam et Jos auraient sûrement cru que The Province of Québec serait-elle aussi bientôt libérée de l’Angleterre. Ce sera une amère déception de constater que la mère patrie a définitivement renoncé à la Nouvelle France. « Maudit soit ces Français qui nous abandonnent »… « Maudit soit ces Anglais qui nous dominent » furent fort probablement des expressions courantes vers 1780. Les courants idéologiques qu’elles représentent existent encore aujourd’hui et ont façonné l’histoire moderne du Québec. Cet abandon définitif de la France est, à mon avis le troisième évènement tragique marquant de l’histoire du Québec.

Le moral de Sam serait à son plus bas… la fin d’un rêve. Jos et ses descendants, plus résignés que jamais « on est né pour un petit pain » continuent à trimmer dur.


Le Haut et le Bas Canada (1791 – 1840)

Formation en 1791 du Haut Canada (15,000 anglais loyalistes qui ont fui les États-Unis lors de l’accession à l’indépendance) et du Bas Canada (160,000 canadiens français). Les deux colonies disposent d’un gouverneur et d’une chambre d’assemblée. L’acte constitutionnel de 1791 est dû à la présence des Loyalistes qui, habitués à la démocratie, veulent un chambre d’assemblée. Le Canada est séparé en deux pour permettre aux anglais d’avoir leur propres lois et de ne pas être noyés dans la majorité francophone (ironique n’est-ce pas!)

Sam et Jos verraient une réalité sociale fort simple. Les Canadiens anglais sont des marchands, les Canadiens français sont des travailleurs. Les divisions ethniques des partis politiques nouvellement créés s’accentuent. Les anglophones dénoncent le pouvoir des francophones dans leurs partis politiques et dans leurs journaux le Montréal Gazette et le Québec Mercury. Les francophones créent en 1806 le journal « le Canadien » pour leur répliquer. Ils créeront par la suite le parti politique « Canadien » pour défendre leurs droits.

Pendant cette période, les gouverneurs se succèdent à Québec. Les sermons de l’évêque Plessis prônent la plus grande loyauté envers la Couronne britannique. Les Américains attaquent à nouveau les deux Canadas. Comme en 1775-76, ils seront repoussés par les troupes canadiennes et les Amérindiens (chef Tecumseh). Le régiment canadien français des voltigeurs commandé par Charles-Michel de Salaberry repousse les Américains lors de la bataille de Châteauguay. Les voix de Sam et de Jos se seraient unies pour dire « maudits américains, restez chez vous ». Il est d’ailleurs à noter que la cote d’amour des Québécois envers les Anglais, Français et Américains laisse quelque peu à désirer – fondement historique sans doute.

Si, un peu comme Louis-Joseph Papineau le disait à un certain moment donné, cela va somme tout assez bien pour les Canadiens français, il ne faut pas oublier que les idées d’assimilation des Canadiens français et d’élimination du français (rappelez-vous la déportation des Acadiens) sont encore partagées par beaucoup de marchands anglophones, gouverneurs et par une certaine classe politique en Angleterre. Les Canadiens français et leur politiciens, de leur côté, en demandent plus – ils veulent contrôler l’ensemble des revenus et des dépenses. En fait ils demandent des gouvernements responsables qui vont prendre les décisions et non un gouverneur imposé par Londres.

Tiens, tiens, tiens dirait Sam… Les demandes du Québec ne datent pas d’hier… Londres a été remplacé par Ottawa mais les demandes se ressemblent!

Le parti politique Canadien dit « le patriote » dirigé par Louis-Joseph Papineau se radicalise. Il exprime de plus en plus clairement sa perte de confiance dans les institutions monarchiques. Les éléments les plus radicaux influencent la rédaction, en 1834, d’un programme politique contenant 92 résolutions qui expriment clairement et sans modération leurs demandes – ils seront élus. Le parlement de Londres ne réagit pas à leur élection car il est secoué par une crise intérieure. Il refusera par la suite les 92 demandes. Londres envoie un nouveau gouverneur qui réussit presque à réconcilier les deux partis. Londres maintient son refus des 92 propositions.

Jos, qui est un petit curieux de nature se demanderait sûrement si les 92 demandes de 1834 seraient encore d’actualité? Il réaliserait en fait, que ses 92 demandes (qui avec le temps furent en grande partie rencontrées) sont la racine même de querelles entre Québec et Ottawa et ce depuis presque 165 ans! « Plus ça change plus c’est pareil » s’écrierait sans doute Jos.

Le parti de Papineau se radicalise et son contrôle lui échappe. Les radicaux lancent des appels à la révolte. Les radicaux, soutenus par nombre de Canadien français, affrontent les forces armés à St-Denis, St-Charles et à St-Eustache. La rébellion sera maté une première fois - il y aura des morts, des prisonniers, des chefs forcés à l’exil – et une seconde fois… douze exécutions publiques. Ce fut là le quatrième évènement tragique à façonner l’inconscient collectif des Québécois. Jusqu’en 1837 les membres du Parti Canadien portaient le nom de « patriotes »; après l’insurrection, ils s’appelleront « libéraux» pour exprimer leur désaccord avec le mouvement insurrectionniste.

Il est à noter que les anglais du Haut-Canada se révolteront aussi, bien que plus timidement – ils seront aussi écrasés.

Londres demande à Lord Durham d’enquêter sur les causes de la rébellion au Canada. Le rapport Durham (les plus sombres pages d’histoire du Québec) sort en 1839.


Le Canada Uni (1840 – 1867)

Le rapport de lord Durham blâme sans équivoque les Canadiens français et conclut qu’il faut procéder à l’assimilation intégrale de la collectivité Canadienne française. Les actions qui vont suivre pour mettre ce plan à exécution constituent le cinquième évènement tragique de notre courte histoire.

Pour « régler le cas des Canadiens français » Londres, entre autres choses, unit le Haut-Canada et le Bas-Canada sous la tutelle d’un seul gouverneur. L’acte d’union de 1840 donne au Haut-Canada, presque exclusivement anglais et moins peuplé, le même nombre de députés qu’au Bas-Canada (le Québec). Il fait de l’anglais la seule langue officielle du nouveau parlement du Canada uni.

Le projet d’union est combattu mais lorsque l’Union devient un fait accompli les Canadiens français se regroupent autour de Louis-Hippolyte La Fontaine, un réformiste modéré, qui veut tirer le meilleur parti possible de cette configuration politique. Il, ainsi que les réformistes anglophones, demandent l’instauration d’un gouvernement responsable (on décide ici plutôt qu’à Londres). Montréal devient la capitale du Canada uni. En 1848 le gouverneur Elgin donne au pays un gouvernement responsable avec deux premiers ministres : Louis-Hippolyte la Fontaine et James Baldwin – ils forment le Parti réformiste.

Sam aurait sûrement noté que quelques 140 ans plus tard Preston Manning créait à nouveau un Parti Réformiste ayant pour but de donner aux Canadiens un gouvernement responsable. On aurait sûrement entendu un autre « plus ça change, plus c’est pareil »!

Jos aurait aussi noté que les anglophones du Canada que l’on connaissait sous le nom de « British American » commencent à s’appeler « Canadians » nom que les Canadiens français s’étaient appropriés depuis la découverte. À partir de cette époque, les futurs « Québécois » se feront connaître seulement comme étant des Canadiens français. Au début on était des Canadiens, nous sommes devenus des Canadiens français pour finalement devenir des Québécois.

Les décisions du gouvernement Lafontaine-Baldwin ne plairont pas à beaucoup de monde. Des émeutes paysannes de Canadiens français (Jos reconnaitrait certainement de ses descendants et serait d’accord avec eux) éclatent un peu partout au Québec contre l’instruction obligatoire et les taxes scolaires. Les marchands anglophones du Bas-Canada se révoltent contre la « domination française » et incendient le parlement de Montréal. Londres les abandonnent – les marchands iront même jusqu’à prôner l’annexion au États-Unis!

La crise économique qui sévissait depuis longtemps se termine (hausse des exportations de bois et céréales). Le climat social s’appèse avec l’avènement du gouvernement responsable.

C’est à cette époque que se forge l’idée que les trois principales cordes sensibles des Canadiens français sont : catholique; agricole et, français. Les politiciens Canadiens français « les libéraux rouges » prônent le maintien du lien profond qui existe entre l’état et la religion. Les politiciens du Haut Canada « les réformistes bleus » sont pour la séparation de l’état et de la religion. La division géographique des partis politiques canadiens se concrétise et s’accentue à chaque élection. Toute entente entre les deux partis devient impossible. En 1863 George Brown (le chef des bleus) accepte de faire parti d’une coalition gouvernementale avec les rouges à la condition que l’on envisage la création d’une fédération Canadienne.

En 1864, à Charlottetown s’engagent les discussions qui conduiront à la confédération canadienne.


Le Dominion du Canada (1867 – 1931)

Sous l’impulsion de John A. Macdonald et des Georges Étienne Cartier (deux hommes politiques canadiens) la tendance vers le fédéralisme se concrétise et l’ « Acte de l’Amérique du Nord Britannique » crée le 1er juillet 1867 la Confédération du Canada. Le « Dominion du Canada compte quatre provinces : le Québec; l’Ontario, le Nouveau-Brunswick; et, la Nouvelle-Écosse – d’autres se joindront par la suite. Le français redevient une langue officielle.

À Québec, les partis au pouvoir pendant cette période devront contenter trois groupes de pression importants : le gouvernement fédéral, dont plusieurs députés siègent en même temps au provincial; la minorité anglophone qui réussira longtemps à placer aux finances un ministre anglophone; et l’Église catholique qui fait exclure du cabinet les hommes aux idées trop progressistes et qui fait tout en son pouvoir pour minimiser les interventions de l’État dans des domaines comme l’éducation et la santé, domaines dans lesquels ils exercent leur pouvoir.

L’économie progresse, le pays grandit, le Québec continue à s’affirmer bien que timidement. Si le français est maintenant reconnu comme langue officielle mais nous sommes loin d’un Canada bilingue et d’une reconnaissance du fait français. De fait, en 1890, la législature du Manitoba passe une loi abolissant l’usage du français dans les écoles de la province. Plus tard, l’Ontario fera de même avec le règlement 17.

Il faut aussi mentionner la saga Louis Riel, homme politique Canadien (il a été élu trois fois mais n’a jamais siégé à Ottawa), chef du peuple Métis et fondateur de la province du Manitoba. Il a dirigé entre 1869 et 1885 deux mouvements de résistance contre le gouvernement Canadien. Son objectif était de protéger les droits et la culture des Métis de l’ouest Canadien. Cette résistance mena à deux rébellions qui seront écrasées. Louis Riel sera arrêté, jugé et pendu pour trahison le 16 novembre 1885.

Louis Riel jouissait d’un fort capital de sympathie chez les Canadiens français. Jos et Sam l’auraient aimé pour toutes sortes de raisons mais surtout parce que sa cause (protection des droits et de la culture) aurait résonné, clair et net avec la situation des Canadiens français du Québec. Sa mort aura des répercussions durables sur les relations entre la province de Québec et le Canada anglophone.

Des lois anti-francophones et la saga Louis Riel constituent le sixième évènement tragique pour les Canadiens français et ils entraîneront à nouveau une montée du nationalisme québécois.

Il faut aussi dire que même si le fédéralisme n’est pas en soi une mauvaise chose, le fait que le premier « premier ministre » du Canada John A. Macdonald ait été un politicien extrêmement centralisateur et ne croyant pas à l’unicité des provinces a contribué à balkaniser les positions du Québec et d’Ottawa. Pour Macdonald, toutes les provinces (il y en a quatre) sont traitées sans égard aux différences géographiques, culturelles, linguistiques ou économiques. Bien que Londres reconnaîtra en 1896 les droits des provinces dans leurs sphères de juridictions, l’approche centralisatrice et standardisante sera l’apanage de presque tous les premiers ministres du Canada jusqu’à ce jour. Il va sans dire que cette attitude n’a fait qu’exacerber le nationalisme québécois et créer dans les autres provinces un sentiment de rancœur, voire de haine face au gouvernement fédéral. Cette attitude de fermeture face aux provinces et au Québec constitue le septième évènement tragique.

Sam dirait sans doute du gouvernement central « Cé qui cés gens à Ottawa qui se mêlent de toute mais qui connaissent rien de not vie? ». Jos tiendrait un autre discours tout aussi réel « monsieur le curé m’a dit que la politique et le commerce cé l’affaire des anglais et que comme y sont protestants, chu aussi ben de m’en tenir loin si veux pas aller en enfer ».

En 1910, le petit-fils de Louis Joseph Papineau fondera le Devoir, un journal qui (à ce jour) se consacre à la défense des Canadiens français. « Ça me rappelle le journal Le Canadien fondé en 1806 – même combat). Le Devoir s’opposera fermement à la conscription en 1917 qui forcera les Canadiens français à participer à la première guerre mondiale. Papineau sera remplacé à la tête du devoir par un historien, le chanoine Lionel Groulx qui sera un ardent défenseur des droits de francophones. Les positions qu’il adoptera feront de lui le « père » des indépendantistes Québécois.

Le Canada participe à la première guerre mondiale.


Le Canada pays souverain

Le Canada a gagné une grande crédibilité en participant à la première guerre et aux négociations qui l’ont suivies si bien que l’Angleterre accorde pleine autonomie au pays par le statut de Westminster.

Au Québec, l’union nationale prend le pouvoir en 1936 avec son chef Maurice Duplessis. Il sera au pouvoir (sauf une interruption de quatre ans) jusqu’en 1959. Sous un couvert autonomiste, il est en réalité ultra conservateur. Duplessis maintiendra le Québec en retard sur le reste du Canada en matière d’éducation, d’économie et de lois sociales. Le règne de Duplessis fut le huitième évènement tragique. Ce fut une époque de grande noirceur et d’oppression. L’approche ultra conservatrice de Duplessis combinée à un gouvernement fédéral centralisant et standardisant permettra aux éléments d’une véritable révolution sociale et politique de se mettre en place.
Le Québec et sa Révolution Tranquille

Si jusqu’à l’élection de Jean Lesage le Québec était clairement en retard sur le reste du Canada, la donne va changer radicalement avec l’arrivée au pouvoir de Jean Lesage et de son équipe du tonnerre! La chrysalide qu’était le Québec jusqu’à cette époque (pour reprendre les mots de Pierre de la Coste) allait se transformer et ce, très rapidement.

Premier élément notable, la séparation de l’état et de la religion et du début de la fin du pouvoir que l’église détenait depuis le début de la colonisation. Si l’on peut dire sans équivoque que la survie des Canadiens français est due en grande partie au rôle que les religieux ont joué dans l’histoire on peut aussi affirmer que ce pouvoir ralentissait (ou avait stoppé) maintenant l’évolution du Québec et que le Québec devait s’en affranchir.

Jos se rappellerait sûrement des curés qui disaient que l’enfer était rouge (parti libéral) et que le ciel était bleu (parti conservateur). Sam se rappellerait sûrement du Cardinal Richelieu et du control absolu qu’il exerçait. Tous deux seraient certainement satisfaits du jour nouveau qui se levait avec leur départ de la scène publique.

En moins de 10 ans un nouveau système d’éducation était en place et débutait la formation de nouveaux leaders. Des leaders qui n’avaient plus peur d’affirmer que les Québécois n’étaient pas nés pour un petit pain mais qu’ils avaient un rôle à jouer dans un monde qui devenait de plus en plus global. Des leaders dont le terrain de jeu n’était plus seulement celui de la cour arrière mais celui de nouveaux espaces culturels, sociaux, politiques et économiques qui créaient ou conquéraient.

Sam et Jos seraient fort probablement sortis de la grande déprime qui les affectaient depuis… la conquête de la Nouvelle France par les Britanniques.

À Ottawa, un premier ministre libéral Lester B. Pearson remplace John Diefenbaker, un conservateur à l’image de John A. Macdonald (centralisateur et standardisant). Pearson réalise rapidement que le Québec change, se transforme et que le nationalisme est en hausse constante. Dans le but avoué de réduire cette montée il négociera avec Lesage des transferts de pouvoir entre Ottawa et Québec. Ces efforts, bien que modestes, enclencheront des changements profonds et positifs dans la relation Québec-Ottawa

En 1963 le Front de Libération du Québec (FLQ), s’inspirant de la crise d’indépendance en Algérie, fait exploser ses premières bombes à proximité de casernes militaires, symbole de la présence britannique en sol Québécois. Il n’a cure (le FLQ) des efforts certes timides mais réels des politiciens de Québec et d’Ottawa. On veut briser le système!

En 1965, le parti libéral fédéral de Pearson cherchant du sang neuf dans l’aile Québécoise du parti fait appel à Pierre-Elliot Trudeau (avocat, commentateur politique et professeur de droit). Il s’oppose au nationalisme Québécois (peu importe la forme et son degré) qu’il trouve répugnant. De plus, bien qu’il soit un Libéral, il est centralisateur et standardisant comme bien des politiciens avant lui… un mélange explosif tant au figuré qu’au réel.

C’est dans un contexte de révolution à la fois tranquille et explosive que le Général de Gaulle lancera ce qui devait devenir la phrase emblématique de la seconde moitié du 20ième siècle au Québec « Vive le Québec, vive le Québec libre ». Les avis sont partagés sur l’à-propos et les motivations de ce geste d’éclat. Sam dirait peut-être « Après tout, la France ne nous a pas abandonnés ». Jos, plus cynique aurait pu dire « De quoi y mêle… on a pas besoin de personne, surtout pas d’un Français colonisateur qui vient tout juste de se faire sortir d’Algérie, pour nous dire quoi faire… on n’est plus des colonisés!». Peu importe qui a raison, l’important c’est qu’il a contribué et cristallisé le débat sur le nationalisme Québécois.

En 1968, René Lévesque (un ancien ministre libéral de Jean Lesage) et un groupe d’irréductibles gaulois (clin d’œil à Astérix et Obélix… devinez qui est Obélix!) en terre d’Amérique fondent le parti Québécois. Sam et Jos l’auraient adoré. Un homme simple, honnête, intelligent, excellent communicateur, vulgarisateur, visionnaire et homme d’action. Un homme et un parti qui avaient leurs raisons d’être et qui ont contribué de manière irréfutable à l’avancement du Québec. Je dois dire qu’ils ont eu un sacré coup de pouce de Pierre-Elliot Trudeau. Bien qu’il ait eu quelques idées intéressantes (bilinguisme, multiculturalisme et rapatriement de la constitution) il n’a jamais correctement compris ni le Canada, ni le Québec et, en grande partie à cause de son arrogance, n’a jamais été un rassembleur.

Je passerai sous silence l’épisode de la crise d’Octobre 1970, le moment (avec les Patriotes de 1785) le plus déplorable et le plus sombre de l’histoire moderne du Québec. Le FLQ et les mesures de guerre décrétées par Pierre-Elliot Trudeau sont le neuvième évènement tragique à marquer notre inconscient collectif.

Le moment ou moi, Sam, Jos et des millions de Québécois et Canadiens ont eu peur que le Québec ne sombre dans l’anarchie au moment même ou le Québec commençait à prendre son envol et que le Canada commençait véritablement a considéré le Québec comme un partenaire valable et privilégié du Canada. Je dis « commençait » parce que l’on ne comprenait pas le Québec. « What does Québec want? » - Que veut le Québec? Je l’ai entendu des dizaines de fois lors de nombreux voyages à travers le Canada.

S’installe au Québec en 1980 une valse politique à milles temps comme le dirait Jacques Brel. Vingt-huit ans plus tard elle persiste. Un référendum, un second… match nul. Retour à la case de départ, ambivalence, indécision, changement de cap... Le Québec est dans la tourmente. À Québec, les partis se succèdent, les premiers ministres disparaissent et réapparaissent.

Avec l’arrivée au pouvoir en 1987 du parti Libéra, Robert Bourassa tente une percée à Ottawa. Il présente à Brian Mulroney, le premier ministre, les cinq exigences du Québec pour réintégrer la constitution Canadienne.

J’ouvrirai ici une parenthèse pour noter que le parti Canadien (le parti Québécois de l’époque?) formula 92 demandes au gouverneur du Canada, que le Parti Québécois en avait 22 et que sous les libéraux, il n’en restait que cinq. Un de ces jours, pour le bénéfice de Jos et Sam, je ferais une analyse comparative de ces demandes.

Ce fut presqu’un succès car un accord (connu sous le nom d’accord du Lac Meech) fut signé mais il ne sera pas ratifié. Il faut rappeler que les opposants à cet accord sont principalement Pierre-Elliot Trudeau et Jean Chrétien – une sorte de trahison qui donnera d’autres raisons au Parti Québécois de dire que le Québec n’a pas sa place au Canada. Ce fut le dixième évènement tragique de l’histoire du Québec. Il est ironique de noter, c’est Jos qui me l’a dit, que c’est le même Jean Chrétien qui 20 ans plus tard se fera l’ardent chevalier du Québec et du Canada – peut-être essayait-t-il de réparer son erreur historique!

Le premier novembre 1987 le Québec perd son premier et seul visionnaire - René Lévesque meurt. Le Québec se retrouve sans âme. On le remplace mais ce ne sera plus jamais pareil. Se succéderont au parti Québécois un série de politiciens de valeur mais qui ne réussiront pas à capturer l’imaginaire des Québécois, sauf peut-être Lucien Bouchard à qui les ultranationalistes (on les appelle les purs et durs au Québec) montreront la porte parce qu’il se voulait conciliant avec Ottawa. J’ouvrirais ici une autre parenthèse pour noter que le parti québécois est un parti qui mange ses chefs, incluant René Lévesque qu’ils malmèneront jusqu’à sa mort. Je crois que les ultranationalistes n’avancent pas la cause du Québec, tout comme les ultra-fédéralistes qui sont centralisants et standardisants. J’aimerais bien que les ultranationalistes sortent de l’ombre et nous expliquent leurs motivations profondes et comment ils entrevoient qu’un Québec séparé serait absolument et irrévocablement meilleur.


Le Québec du 400ième et le Canada de 2008

Aujourd’hui, vendredi 21 juin 2008, que verraient Sam et Jos?

Sam et Jos, selon mon point de vue, verraient une société Québécoise en effervescence et en évolution constante qui a un des plus hauts standards de vie au monde. Ils verraient un Québec qui fait parti d’une grande famille nommée Canada. Un pays petit (le Canada) mais puissant par ses idées et comportements, respecté internationalement pour ses valeurs, et considéré par la vaste majorité de ceux qui cherchent une terre d’accueil comme le nec plus ultra des pays. Ils y verraient certes des dualités et des pommes de discorde (il y en a dans les meilleures familles) mais ils y verraient aussi des synergies, des différences constructives et un futur basé sur des valeurs communes.

J’aimerais aussi que Sam et Jos aient l’occasion de traverser le Canada d’un océan à l’autre pour réaliser que ce pays en est en fait, une mosaïque de cultures différentes mais, complémentaires. Ceux qui caractérisent le pays comme étant le Québec et « the Rest of Canada » se trompent. La Colombie Britannique et Terre–Neuve sont aussi des sociétés distinctes (je n’essaie pas de jouer sur les mots mais de refléter leur réalité) que l’est le Québec. L’Alberta est une autre réalité distincte de la mosaïque Canadienne.

Il est cependant clair que les dix évènements tragiques présentés ci-dessus (il y en a sûrement beaucoup d’autres) ont, de façon claire et sans équivoque, brimé les aspirations légitimes du Québec à assumer, sauvegarder et même faire grandir sa nature française. J’aimerais aussi que Sam et Jos et l’ensemble des Québécois passent par-dessus des évènements tragiques de l’histoire du Québec pour se concentrer sur le présent et le futur du Québec et du Canada.

Je n’oublierai jamais la déportation des Acadiens, les patriotes et le rapport Durham et son plan d’assimilation du Québec mais mon regard se porte vers le futur et sur la capacité du Canada à se découvrir et à la capacité du Québec d’y contribuer de manière significative.

Les Canadiens anglais de 2008 n’ont plus rien à voir avec ceux de 1750 ou même de 1867. Ils ne sont plus les conquérants, les colonisateurs et les oppresseurs qu’ils furent. Les Canadiens français ne sont plus leurs ennemis mais bien des partenaires dans la grande aventure du Canada.

La dualité est source d’évolution. La rencontre de plusieurs cultures est garante du futur du Canada. Mon expérience en tant que cadre sénior de la fonction publique canadienne m’a démontré hors de tout doute qu’un équipe qui excelle est une équipe composée de membres ayant des compétences, capacités et intérêts différents et qui sait tirer parti de ses différences. Elle m’a aussi démontré que pour exceller il faut du leadership et que ce leadership peut et doit être partagé et que le dépassement n’est possible que s’il existe une volonté commune et vécue d’aller de l’avant.

J’adore le Québec, j’aime la Canada. Pas celui des années cinquante, pas vraiment celui de Trudeau mais celui de Lesage, Lévesque et de Bouchard, pas vraiment celui de Mulroney mais celui de Bourassa, pas vraiment celui de Martin mais celui de Charest. J’aime la vision ouverte de Harper, même si cette vision ne s’est pas encore vraiment concrétisée – le fédéralisme d’ouverture et l’acceptation de la réalité historique que le Québec est une nation sont des pas dans la bonne direction. Il y a encore plein de choses à faire pour maximiser le potentiel du Québec et de ses partenaires Canadiens à l’intérieur du Canada.
Un Québec fort dans un Canada fort!

Sans tomber dans la simplicité, je crois qu’il faut simplifier le débat à propos du futur du Canada et du Québec. J’affirme d’emblée que la situation d’ensemble des Québécois est « pas pire pan toute » comme dirait Jos. Que compte tenu d’un début et d’une croissance difficiles, le Québec a réussi à s’affirmer, à se développer et à rayonner internationalement. Je suggère aussi qu’il faut clairement définir-confirmer les leviers législatifs et stratégiques nécessaire à l’atteinte de nos objectifs nationaux. Si notre contrat social est de protéger et de faire rayonner notre unicité Canadienne française et de nous assurer un très haut niveau de vie, il nous faut certainement le contrôle de notre culture, de notre éducation, de notre réseau de santé. Que nous faut-il d’autres? Les 92 revendications des patriotes? Les 22 du Parti québécois? Les cinq du lac Meech? Peut-être pas grand-chose.

Bien que j’apprécie la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, je crois qu’il faut développer un consensus sur, non pas les moyens, mais bien sur les enjeux et les résultats attendus pas les Québécois.

Il nous faut aussi régler les problèmes que nous avons dans des domaines de juridiction québécoise. La santé, l’éducation, la sécurité et les infrastructures viennent à l’esprit. Il faut régler ces problèmes nous-mêmes, sans blâmer les autres ou reporter le problème à plus tard.

Il nous faut aussi ouvrir le dialogue avec les provinces et Ottawa en ce qui a trait au « fédéralisme d’ouverture ». Je mentionnais plus haut dans ce texte que l’une des caractéristiques fondamentales du gouvernement d’Ottawa est d’être centralisateur et standardisant. Il faut que cette approche cesse parce toutes les provinces sont différentes et que le gouvernement central n’est pas, dans bien des cas, le mieux placé pour gérer des spécifités.

Le Parti Québécois, lorsqu’il parle d’indépendance propose en fait, une vision 100% décentralisée et dé-standardisé (on ne fait plus parti du Canada) de la relation Québec-Canada. Pierre-Elliot Trudeau et ceux qui l’on suivi au parti Libéral proposaient presque l’inverse; le Québec est une province comme les autres. Il ne faut donc pas s’étonner de la perpétuelle « chicane » entre ces deux paliers de gouvernement. La réalité est que le Canada d’aujourd’hui ne correspond pas à ce modèle. Une entente (statut particulier) doit être définie pour chaque province, pas seulement pour le Québec et être assortie d’une clause de retrait avec pleine compensation financière. Il faut que le Canada, à l’aube de son 150ième anniversaire (2017), se réinvente, non parce que le Québec le menace de se séparer, mais bien parce que c’est la meilleure approche pour continuer à être un Canada fort. Des provinces fortes de leur différences et travaillant ensemble dans un Canada fort. Un Canada qui continuera à être un phare de la démocratie et de la justice sociale.

Oublions le « je me souviens » et vivons « Bâtissons l’avenir ».

Ce texte a été écrit principalement en avion en survolant le Canada d’Ottawa à Victoria (Colombie-Britannique) et à Québec, berceau de la civilisation française en Amérique.

J’aimerais remercier Luc Gauthier-Boucher (natif de Gatineau) pour son analyse comparative de l’histoire du Québec, histoire de laquelle je me suis largement inspiré (et même reproduite par endroits). J’aimerais aussi remercier mon ami Pierre de la Coste qui m’a écouté, donné un petit peu d’espace public en France, qui a insisté pour que je sorte de l’anonymat et qui a patiemment attendu huit mois pour que je livre enfin quelque chose. Finalement, merci à mon épouse qui sait m’épauler et m’écouter.


Réjean Gravel
Né à Jonquière - Saguenay, vie à Gatineau - Outaouais depuis 36 ans
Fier d’être Québécois et Canadien – est fédéraliste
Ne prétend pas avoir la science infuse ni tout connaître
A voyagé – est bilingue
A des idées et y croit

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